• ÉTATS-UNIS • Obama victime de sa couleur de peau

    Par Adam Nagourney, The New York Times

    Le résultat de la primaire en Pennsylvanie montre que certains électeurs démocrates ont encore des réticences à voter pour le candidat noir. Une tendance qui pourrait finalement être préjudiciable à l'élection d'un démocrate à la Maison-Blanche

    La question plane sur la campagne présidentielle du sénateur Barack Obama et s'est faite plus pressante encore depuis le 22 avril et sa défaite face à Hillary Rodham Clinton en Pennsylvanie. Pourquoi se révèle-t-il incapable de rallier à sa cause suffisamment d'électeurs ouvriers et blancs pour emporter l'investiture démocrate ? C'est à se demander si la race constitue un problème pour le Parti démocrate dès lors qu'il s'agit de désigner un Afro-Américain pour le représenter dans la course à la Maison-Blanche. Au moment même où le Parti démocrate semblait sur le point de se choisir Obama comme candidat, ce dernier a, de nouveau, perdu dans un Etat clé. La composition des soutiens à Hillary Clinton (ou, pour le dire autrement, l'assemblage d'électeurs peu enclins à choisir Obama) doit amener les démocrates à s'interroger sur la dimension raciale de la chose, et à s'en inquiéter.

    "Je suis sûr que ça n'est pas sans importance", confirme David Axelrod, haut conseiller politique auprès d'Obama, parlant de l'impact des origines raciales sur le vote au cours des dernières primaires. Selon lui, Hillary Clinton a son plus net avantage auprès de l'électorat âgé. "Je pense que ces électeurs ont globalement tendance à voter pour ce qu'ils connaissent le mieux. Et là, on a un type qui s'appelle Barack Obama, un Afro-Américain, relativement nouveau. Ça fait beaucoup de changement", explique-t-il. Si l'on peut supposer qu'elle joue un rôle essentiel pour ce qui est d'évaluer la viabilité de la candidature d'Obama, la question de la race est difficile à démêler de l'écheveau du débat politique qui l'entoure et qui embrasse des sujets comme les valeurs, l'élitisme, l'idéologie et l'expérience. Certains indices, dans les sondages, laissent entrevoir les racines profondes qu'ont les comportements raciaux dans ce pays, ainsi que les obstacles auxquels est confronté Obama quand il s'agit de séduire l'électorat blanc. Historiquement, il est néanmoins difficile de mesurer à quel point ces comportements interviennent dans la décision des électeurs. Il est rare que les personnes interrogées déclarent ouvertement aux sondeurs qu'elles ne voteraient pas pour un ou une candidate parce qu'il ou elle est noir(e).

    Néanmoins on ne peut pas oublier qu'Obama en est arrivé à ce stade de sa candidature après avoir remporté des victoires éclatantes dans des Etats très blancs. La foule est aussi blanche à ses meetings qu'à ceux de Hillary Clinton. Dans les deux partis, de nombreux experts estiment que les comportements raciaux des Américains évoluent à une vitesse ahurissante, surtout chez les électeurs plus jeunes. Il est donc risqué de plaquer des modèles d'il y a ne serait-ce que quatre ans sur cette élection peu ordinaire. Pour Obama, la question raciale est synonyme de deux problèmes potentiels. Tout d'abord, il y a les électeurs qui le rejettent simplement parce qu'il est noir. Il y a aussi les démocrates qui ne le soutiendront pas parce qu'ils ne croient pas qu'un Noir puisse emporter la présidentielle. A en juger par les résultats en Pennsylvanie, ces problèmes existent bel et bien. Un sondage réalisé par Edison/Mitofsky auprès d'électeurs démocrates montre que Clinton a récolté 63 % des votes blancs, et Obama 90 % des votes noirs, reflet d'une tendance déjà constatée dans plusieurs autres Etats. Phénomène plus marquant encore, d'après cette enquête, 18 % des démocrates avouent que la race a compté pour eux dans cette primaire, et 63 % seulement de ces électeurs se sont dit prêts à soutenir Obama à la présidentielle.

    La polarisation croissante du vote démocrate en fonction de la race a une autre conséquence dommageable. En effet, si Clinton sort gagnante, dit-on de source démocrate, on court le risque qu'elle ne soit pas à même de mobiliser l'électorat afro-américain si ce dernier considère comme injuste son investiture. Un risque réel, compte tenu de la levée de boucliers qu'ont suscitée certaines des déclarations critiques de l'ancien président Bill Clinton à l'égard d'Obama. Le 23 avril, Obama a tenu à minimiser les aspects raciaux de la coalition qui a permis à Clinton de le battre en Pennsylvanie. "Notre problème n'est pas tant lié aux électeurs blancs de la classe ouvrière", a-t-il déclaré aux journalistes en Indiana. "En fait, le problème, c'est que les électeurs plus âgés font preuve d'une grande loyauté envers la sénatrice Clinton".

    Adam Nagourney

    The New York Times

     

     


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    Rébellion : N'Djamena à feu et à sang<o:p></o:p>

    Source: MEDIAF du 04/02/2008 -
    C'est à bord d'une pirogue de fortune que nous avons rallié hier après-midi la berge qui mène au Palais Présidentiel de N'Djamena où Idriss Deby et ses lieutenants organisent la riposte contre les attaques des rebelles. Mahamat Zena, le piroguier, qui a pris son courage pour permettre la traversée est un pêcheur Tchadien qui dit avoir de nombreuses difficultés financières, depuis que les rebelles Tchadiens ont pris d'assaut la capitale. C'est donc pour tenir le coup que le pêcheur s'est mué en transporteur nous permettant d'atteindre la berge tchadienne distante de trente mètres. Mahamat Zena qui a déjà fait embarquer sa famille dit ne pas disposer d'argent et de ressources pour assurer la survie de ses deux femmes et douze enfants. A Djambalbare, les coups de canons tonnent, les cris des populations fusent de toutes parts, des hélicoptères de l'armée gouvernementale survolent la région et déversent de temps en temps des roquettes sur des positions rebelles. Ces derniers contrôlaient jusque là une partie de la capitale tchadienne.       

    Les résidences situées dans le pourtour du palais présidentiel sont désertes. Les pans des murs ont été détruits, mais quelques téméraires sont là. Adam T., handicapé, la soixantaine affirme en arabe, " nous attendons que la situation se normalise. Je pense que le Président Deby va finalement reprendre le contrôle de la capitale. Parce qu'après deux jours de combats intenses, s'ils n'ont pas pu prendre le pouvoir, ce sera difficile pour eux. On a vu comment Hissein [Ndlr, Hissein Habré] et Deby ont pris le pouvoir " la conversation est perturbée par un hélicoptère de l'armée tchadienne qui vient de lancer une roquette. Juste le temps de s'abriter sur le pan d'un mur construit en terre battue.      

    Aux confins du quartier Farcha situé à près de deux kilomètres du palais présidentiel, dans cette course à pied faite d'obstacle, c'est un militaire tchadien qui s'interpose. " Remettez-moi votre appareil numérique où je vous descends", lance t'il. Mahamat Zena qui nous sert de guide conseille d'obtempérer. Ce qui est fait après identification. " Vous allez voir le quartier, mais sans filmer", assure le militaire. Le détour dans ce quartier permet de se rendre compte que de nombreuses populations ont quitté la ville, des corps gisent à même le sol baignant dans le sang, des maisons sont détruites. Le militaire qui nous présente à ses camarades d'armes affirme que les " rebelles étaient présents dans ce quartier avant que l'armée régulière n'utilise ce matin (hier dimanche) ses hélicoptères. " L'optimisme est de mise chez ses militaires enturbannés, munis de kalachnikov, de véhicules de combats…      

    Dégâts
    Mais il reste que de nombreux édifices publics ont été détruits, comme le confirment les militaires. Falmata Adam, une ménagère qui a traversé de nombreuses barrières rebelles et des forces gouvernementales, dit que " le " palais du 15 " construit par les Chinois et qui fait office d'hémicycle pour l'Assemblée Nationale a été saccagé par les rebelles qui tiennent encore ce côté-là de la ville  Au niveau du Carrefour 40, tout est détruit. Il y a aussi le palais de justice nouvellement construit et qui se situe dans la partie est de N'Djamena". D'autres sources indiquent que la résidence du Premier ministre a elle aussi été incendiée et pillée juste après les combats par les badauds qui ont accueilli dans le faste, a-t-on appris, l'entrée des rebelles à N'Djamena. Le siège de la Commission économique du bétail, de la viande et des ressources halieutiques pour la Cemac situé à Dembé a lui aussi été saccagé. La Radio et la télévision nationale Tchadienne n'ont pas encore été pris par l'un et l'autre camp. Même si les militaires que nous avons rencontré confient que la gardé républicaine a détruit la Radio Nationale Tchadienne au moment où elle repliait sur le palais présidentiel. Depuis l'arrêt des communications intervenu jeudi au soir, la ville de N'Djaména est coupée du reste du monde. Dja FM, FM Liberté, Rfi, Africa N°1 et les autres radios ont cessé d'émettre. Les opérateurs de téléphonie mobile Celtel et Tigo ont cessé eux aussi leurs activités.  Seul les téléphones satellitaires et les opérateurs camerounais (Orange, Mtn et Camtel) dont les réseaux couvrent certains coins de la capitale tchadienne permettent encore de communiquer. Le siège du journal progouvernemental le Progrès (il appartient au secrétaire général du Mouvement Patriotique du salut et fait office de quotidien gouvernemental) a reçu la visite de quelques délinquants. Des machines et le matériel de fabrication du journal auraient été emportés. Selon quelques personnes qui étaient logés à " Aurora " un hôtel situé au cœur de N'Djamena, des institutions bancaires auraient été pillées. L'armée française est bien visible dans les rues de N'Djamena mais ne s'interpose pas entre les belligérants. La base militaire française s'est déployée pour "protéger les ressortissants français", confie un responsable de l'ambassade du Cameroun à N'Djamena. L'aéroport de la capitale tchadienne est sous contrôle français. Cet aéroport sert également de base à aux forces aériennes tchadiennes qui n'ont pas manqué hier d'apporter un soutien décisif aux troupes terrestres qui ont peu à peu repris le contrôle de la capitale alors que la situation semblait compromise. Alexandre Begue, leader du Rassemblement des forces démocratiques tchadiennes, qui a fait un aller retour à moto à Kousseri s'interroge " les rebelles sont mieux structurées que le 13 avril 2006. Mais Deby résiste, jusqu'à quand?"

    Deby
    A Djambalbare, siège du palais présidentiel, la témérité du Président Deby rassure les troupes qui sont venues en renfort de Bongor, Mondou et Abéché. Les soldats proches de Deby s'étonnent pour leur part des commentaires tendancieux des médias. " Le palais présidentiel n'a pas été encerclé. Nous nous sommes repliés quand on a perdu samedi au matin notre chef d'Etat major Daoud Soumahin. Ce repli tactique n'a pas cependant permis aux rebelles de prendre le contrôle de la ville. Même s'ils ont certes pris une partie de N'Djamena." 
    Au moment où nous quittions N'Djamena à bord de notre embarcation de fortune, les rebelles contrôlaient une grande partie de la capitale tchadienne. L'intensité des combats dénote de la très bonne organisation des rebelles qui résistent même aux assauts aériens. Hier autour de treize heures, un hélicoptère tchadien a été bombardé par les rebelles, il a terminé sa course dans un buisson à la frontière tchado-camerounaise. Le pont de Chagoua point névralgique d'entrée dans la capitale est sous contrôle rebelle, idem pour la sortie par l'hôtel Kempeski. Le contrôle frontalier de Nguéli, à la frontière entre le Cameroun et le Tchad, est désert, abandonné par les éléments qui stationnaient ici.      

    Des défections sont signalées dans plusieurs autres unités de l'armée tchadienne. Malgré tout, Idriss Deby semble avoir décidé de se battre jusqu'à la dernière seconde, refusant l'aide de la France qui se proposait de l'exfiltrer du palais présidentiel et du Tchad. Il se raconte que la maman du chef de l'Etat lui aurait demandé de ne pas quitter le palais, au risque de se ceindre d'un drap blanc. Traduction, il sera fait prisonnier. Ceci suffit-il à justifier le fait que le président tchadien ait décline l'offre de la France ? 


    En attendant, le bilan s'alourdit à N'Djamena qui est à feu et à sang. Les populations sont meurtries. Quelques jeunes Camerounaises parties s'inscrire dans les lycées tchadiens dans la perspective du baccalauréat et qui ont regagné Kousseri hier soir avec leurs bagages indiquent qu' " il y a des morts en quantité. C'est pourquoi nous avons choisi de rentrer à pied. Les tirs de roquettes se multiplient. Il y a encore beaucoup de Camerounais là bas qui n'ont pas le courage de rentrer. "     

    On signale également que les fournitures en eau et en électricité sont suspendues à N'djamena. Les installations de la Société tchadienne d'eau et d'électricité (Stee) ayant été prises d'assaut par les rebelles depuis vendredi dernier dans la soirée.       
    Pays : Cameroun   
    Média : Presse écrite       
    Auteur : Dieudonné Gaïbaï 
    Source : Mutations<o:p></o:p>


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  • Démocratiquement élu et (re)élu!

    N’Djaména : Déby, entre Mobutu et tchador.
    Source:Dossier noir n°3 - France, Tchad, Soudan, au gré des clans

    Les huit années de présidence d’Hissein Habré (1982-1990) furent ponctuées d’exactions et de massacres : le magistrat Mahamat Hassan Abakar a dénombré 40 000 personnes tuées ou disparues (53). La " Piscine " de N’Djaména, tenue par la DDS (Direction pour la Documentation et la Sécurité), fut le lieu de tortures difficilement imaginables. En 1984, le Sud tchadien connut la dévastation d’un " septembre noir ", qui a causé une fracture peut-être irrémédiable. En même temps, Hissein Habré installait au profit de son clan un pillage systématique de l’Etat - pillage qui s’est logiquement conclu, fin 1990, par un départ avec la caisse.

     

    L’ESPOIR DECU

    Celui qui chassait le tyran, son ancien adjoint Idriss Déby, fut donc accueilli avec d’autant plus de soulagement qu’il tint rapidement des propos fort civils sur la fin de l’arbitraire. La police secrète fut dissoute. Les prisonniers politiques furent libérés et la presse indépendante fut même autorisée. Surtout, poussé par les diplomaties américaine et française, Idriss Déby s’engagea à convoquer une Conférence nationale souveraine (CNS).

    Un " seigneur de la guerre " qui met en place un processus de démocratisation, soutenu et financé par Washington et Paris : il y avait de quoi rêver. Même si la réalité des deux premières années du nouveau régime était loin de tenir les promesses du conquérant, même s’il multiplia les ficelles pour tenter de ligoter la future Conférence, la plupart des Tchadiens " y croyait ". Cette foi suscita début 1993 une véritable fête de la démocratie (54), l’un de ces moments fondateurs qui, même recouvert par les manoeuvres guerrières ou politiciennes, révèle à des ensembles humains leur capacité politique. L’un de ces moments aussi qui, a contrario, démentent l’incapacité en ce domaine à laquelle, dit-on, l’Afrique serait vouée. Le prédécesseur de Hissein Habré, Goukouni Wedeye, a, comme souvent en cette Conférence, fort bien résumé le sentiment de la grande majorité du millier de participants - véritables " Etats généraux " de la diversité tchadienne :

    " Lorsque nous sommes allés à la conférence nationale, chacun avait peur de l’autre. Et au bout d’un mois, la sérénité régnait. Les gens se sont aperçu, grâce au dialogue, qu’ils étaient tous tchadiens, appartenant à un seul pays et défendant une même cause. J’ai en tout cas eu ce sentiment. Si nous réussissons à instaurer la démocratie et nous créons une armée au service de la nation et non d’un clan, la rivalité Nord-Sud disparaîtra d’elle-même. Autrement dit, je crois que le jour où un président tchadien sera élu dans des conditions démocratiques, il sera soutenu par tout le peuple. Et il pourra sauver le Tchad (55)".

    Au sortir de la Conférence, Goukouni énonçait aussi les conditions du salut : " une armée au service de la nation ", permettant d’estomper l’antagonisme Nord-Sud, et la préparation d’élections démocratiques... Or Idriss Déby, " gérant l’anarchie " des forces de sécurité à la façon d’un Mobutu, et laissant se développer les intolérances religieuses, a suivi le chemin inverse. Le Tchad va vers un champ de mines - avec, comme au Rwanda, un " copilotage " français.

     

    CLANISME ET CORRUPTION

    Comme tous les pays à la lisière Sud du Sahara, le Tchad connaît une tension historique entre un Nord, lié au Maghreb et au Machrek par le commerce et la religion, et un Sud dont les populations noires restaient en marge de l’économie-monde caravanière - sauf pour la ponction des esclaves (56). On reviendra plus loin sur cette tension. Durant la colonisation, on peut dire, pour faire bref, que la France traitait de sécurité et de commerce avec le Nord, d’éducation et de coton avec le Sud. Formées à l’école des Blancs, les élites du Sud accédèrent au pouvoir avec l’Indépendance (1960), mais ne purent imposer leur loi aux populations du Nord, dont les tribus aux traditions guerrières conquirent, à partir de 1979, l’Etat tchadien. Elles le firent à tour de rôle, au point que l’histoire de leurs rivalités et leurs alliances monopolisa la scène politico-militaire. Surtout, elles ne surent résister à d’anciennes coutumes : " l’Etat était comme une caravane, assailli et pillé ", résume Claude Arditi.

    S’emparant de N’Djaména à la tête des Zaghawas, une tribu tchado-soudanaise à laquelle son clan (les Bideyat) est apparenté, Idriss Déby n’a pas voulu, ou n’a pas pu (57), s’affranchir de la coutume.

    " Le frère du Président, Daoussa Déby, apparaît aujourd’hui comme le véritable garant des intérêts politico-affairistes des Zaghawas. Largement alimentaire, sa conception de l’Etat est incompatible avec les exigences d’une transition démocratique. Mais Idriss Déby n’a guère le choix : en butte à plusieurs foyers de rébellion, dans l’Est et au Sud, et, surtout, aux abords du lac Tchad, il a besoin des bras armés des Zaghawas (58)".

    A vrai dire, la corruption - autour de la collecte de l’impôt, de l’achat des fonctions publiques et de la taxation des commerçants étrangers - est un phénomène ancien, antérieur même à la colonisation. Les douanes en sont restées un pôle majeur, auquel se sont ajoutés les fournitures aux armées, la société nationale Cotontchad (59), le transport routier, le trafic de drogue (60) et l’aide internationale. Hissein Habré a fait fort en ces divers domaines ; il a pu se réfugier au Sénégal avec un pactole de plusieurs milliards de francs CFA. Idriss Déby l’a immédiatement imité, plaçant des parents ou alliés aux postes stratégiques (Douanes, Cotontchad) (61). La maîtrise des douanes permet à son groupe d’importer et exporter du Nigéria, du Soudan et de Libye d’importantes quantités de marchandises (hydrocarbures, produits manufacturés et alimentaires, etc.), qui mettent en péril l’économie du pays et ont provoqué la fermeture de plusieurs entreprises industrielles (62).

    Dans son message de Noël 1994, la Conférence épiscopale du Tchad dénonce " la corruption [qui] s’est tranquillement généralisée et banalisée ", le " lent dépérissement de l’ Etat ", une " gestion de l’économie totalement opaque ", et " la multitude des exactions que la justice ne poursuit pas et les complicités dont elles sont l’objet ". Si l’on redresse ces remarques du coefficient de prudence ecclésiale, l’on mesure le chemin parcouru depuis la trêve de la Conférence nationale.

     

    TERREUR " INCONTROLEE "

    Encore cette oasis démocratique fut-elle bien isolée. Si au premier trimestre 1993, durant la CNS, N’Djaména connut une situation calme, c’est que " la garde présidentielle qui pratiquait le pillage et l’assassinat en toute impunité avait été envoyée dans le sud du pays. Elle s’y comporta comme à l’accoutumée (massacres de Bongor, de Doba et de Goré) et jusqu’à aujourd’hui les responsables n’ont toujours pas été inquiétés (63)". Dès janvier 1993, selon Amnesty International, la Garde républicaine massacre 246 personnes, brûle et pille 22 villages dans le Logone oriental. A nouveau 22 civils tués le 23 mars et 104 le 5 avril. La Conférence s’en émut vivement, mais ne parvint pas à obtenir une véritable enquête. Son greffier enthousiaste, Robert Buijtenhuijs, dut admettre que le Tchad " poursuivait sa course que j’ai appelée de "schizophrène" en continuant d’osciller entre la libéralisation politique et la répression sauvage par des éléments armés à peine contrôlés (64)".

    C’est que la tribu du Président, les Zaghawas du Darfour soudano-tchadien, a envahi le Tchad, déléguant plusieurs dizaines de milliers d’hommes dans les forces armées et sous l’uniforme (très relatif) de la " Garde républicaine ". Leurs kadamouls, enroulés autour de la tête et du visage, n’en laissent apparaître que les yeux, cachés le plus souvent derrière des lunettes sombres. Agés de 16 à 35 ans, ils sillonnent le pays par groupes de 10 à 20 dans leurs Toyota pick-up, à la recherche de proies à rançonner. Trop limitées pour être largement redistribuées, les rentes étatiques sont réservées aux proches et alliés de la famille Déby. La détention du pouvoir permet par contre d’autoriser la tribu à se servir sur le pays. Les chefs de clans Zaghawas favorisent d’autant plus cet enrôlement que leur région, le Darfour subit depuis plusieurs années une crise économique et sociale, due au déclin des circuits caravaniers traditionnels ainsi qu’à la dégradation des sols et au recul de l’agriculture.

    Fin 1993, Amnesty International dressait le bilan amer des trois premières années du régime Déby :

    " La terreur règne toujours. On continue de repêcher des cadavres dans les eaux du Chari, le fleuve qui arrose N’Djaména. Plus de 800 personnes ont été exécutées de façon extra-judiciaire. [...] Quels que soient ses mots d’ordre, le gouvernement de Idriss Déby utilise aujourd’hui les méthodes de répression dont il disait vouloir débarrasser son pays à l’époque où il luttait contre le régime de Hissein Habré. Les assassins, les tortionnaires, les ravisseurs qui sévissent au Tchad appartiennent aux forces de sécurité de Idriss Déby ".

    Amnesty souligne d’ailleurs que " nombre d’agents de l’Etat ayant ordonné des exécutions sommaires sous Hissein Habré ont été maintenus ou réintégrés à des postes de responsabilité. Idriss Déby lui-même a été, jusqu’en 1989, l’un des piliers du régime de Hissein Habré ". Le Centre de Recherche et de Coordination des Renseignements (CRCR), la police politique mise en place par Idriss Déby, a remplacé la sinistre Direction pour la Documentation et la Sécurité (DDS) d’Hissein Habré. " L’actuel CRCR a directement recruté ses membres parmi les agents de cette DDS. Les structures sont identiques et les "méthodes de travail" sont les mêmes (65)".

    La Garde républicaine continue d’être impliquée dans des assassinats politiques et des massacres. La Ligue tchadienne des droits de l’homme a ainsi dénoncé, en septembre 1994, " 72 heures d’expédition punitive et de politique de terre brûlée " dans le Logone, au Sud. " Le bilan des atrocités, des tueries, des pillages en règle et des tortures " serait " indicible ". Même la " déflation " des forces armées, démesurées (46 500 hommes), a des effets pervers : les 13 000 " déflatés " ont bien souvent utilisé leur pécule de départ pour acheter... une arme, et rejoindre des bandes qui, telles les " grandes compagnies ", mènent des guerres locales, pour leur propre compte ou au service du mieux offrant (66).

     

    INFLUENCE SOUDANAISE

    Arrivés au Tchad en décembre 1990 dans les bagages d’Idriss Déby, les " Frères musulmans soudanais, relayés, semble-t-il, par des prédicateurs pakistanais et même iraniens, sont en train d’introduire au Tchad un Islam beaucoup plus virulent et vindicatif que celui que le pays a connu jusqu’ici (67)". Idriss Déby considèrerait Hassan el Tourabi " comme son père spirituel (68) ". L’imam qu’il a installé à la Grande Mosquée de N’Djaména a douché la CNS en réclamant, entre autres, l’introduction de la charia dans les juridictions tchadiennes (69). Il s’est organisé " pour prendre le contrôle des petites mosquées de quartier (70)", tandis que des milieux proches du FNI soudanais obtenaient le juteux monopole des " douanes " entre le Tchad et le Cameroun. L’influence des hommes d’affaires soudanais se renforce à N’Djaména, " le "commerce" ouvrant la voie au fondamentalisme " (71).

    Pour R. Buijtenhuijs, " ce que voudrait le Soudan de Tourabi, ce n’est pas la mainmise politique d’un pays sur un autre, comme c’était le but naguère de la Libye du colonel Kadhafi, mais plutôt une influence idéologique-religieuse. La propagation d’une idée étant beaucoup moins coûteuse qu’une annexion politique (72)". Il n’empêche : " les plus sérieux observateurs n’hésitent pas à parler de véritable invasion soudanaise, et ce jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat (73)". N’Djaména Hebdo conclut ainsi l’un de ses éditoriaux (" Nord-Sud ? Non ! ") : " Ce sont les Soudanais qui veulent transposer chez nous leur conflit nord-sud et musulmans-animistes. Qu’ils partent chez eux et nous laissent tranquilles (74)".

     

    TENSIONS RELIGIEUSES ET CONFLIT NORD-SUD

    Les islamistes soudanais, même en pointe, ne sont pas seuls dans cette attitude conquérante. Le onzième Séminaire islamique mondial de la Ligue du monde musulman avait, dès 1982, énoncé le principe : " L’Afrique est terre d’Islam ". Tout un courant musulman est dès lors impatient " de contrer la progression chrétienne en Afrique, perçue spontanément comme injuste et presque "contre-nature" (75)". Il bouscule l’Islam traditionnel tchadien qui, tel celui des confréries tidjanes, était beaucoup plus tolérant et faisait jusqu’ici de ce pays " une oasis de paix interconfessionnelle (76)".

     

    Selon l’évêque de Moundou, Mgr. Mathias N’Gartéri Mayadi :

    " Les islamistes sont à pied d’oeuvre [au Sud du Tchad] et ne se cachent pas pour agir. [...] Ils recrutent à coup d’argent, de dons d’habits, de nourriture sur les lieux de prière. [...] Leurs commanditaires sont le Soudan, la Libye, l’Iran, sans doute le Nigéria. Les missionnaires eux-mêmes sont des Pakistanais (blancs), des Soudanais (noirs surtout et blancs), des Tchadiens recrutés et formés à la va-vite. [...] Les musulmans "modérés" ne sont pas épargnés par le prosélytisme des islamistes (77)".

    Cette pression religieuse se combine avec des conflits économiques et migratoires, les exactions des milices zaghawas et la razzia de l’Etat, en un cocktail explosif. Même le " modérateur " Buijtenhuijs le reconnaît :

    " Les populations du Sud [...] sont exaspérées par les abus des autorités militaires et administratives qui se conduisent parfois comme en pays occupé, et elles supportent de moins en moins les éternels conflits avec les éleveurs du Nord qui, eux aussi, sont sur les dents. Conjugués à la montée d’un islamisme plus militant et plus menaçant pour les non-musulmans, ces problèmes peuvent très bien mener à des tentatives de séparatisme dans le Sud (78)".

    Henri Coudray explique comment les ressentiments respectifs entre Nord et Sud tendent à se durcir en différend religieux (79) :

    " [L’islamisation du nord du Tchad s’est accompagnée historiquement] comme partout ailleurs dans les royaumes sahéliens, de la traite des esclaves, pratiquée de manière régulière et institutionnalisée aux dépens des "païens" et "fétichistes" du Sud. [...] La mémoire de ces exactions érigées en système demeure très vive dans l’inconscient et le conscient collectifs des populations sara au Tchad. Et nombre de musulmans sont prompts, sous l’emprise de la colère et de la haine, à traiter de kirdi (païen, race d’esclave) leurs compatriotes du Sud. Bien que le sujet soit tabou, un historien musulman comme Mahamat Saleh Yacoub n’hésite pas [...] à reconnaître que ce trafic a "créé des sentiments de mépris et de crainte qui ne présentent pas a priori un atout favorable pour une intégration nationale post-coloniale facile".

    [Bien que les fonctionnaires coloniaux aient plutôt favorisé les autorités musulmanes en place, la résistance culturelle de la plupart des musulmans et leur refus de l’école française les ont, de leur côté, privés] d’une élite moderne apte à assumer la succession du colonisateur, laissant le champ libre aux populations du Sud qui, elles, au contraire, s’étaient ruées en masse vers l’école. C’est donc pour l’essentiel chez celles-ci que, à l’indépendance en 1960, se recruta la grosse majorité des cadres de l’Etat moderne. Un tel renversement du rapport de forces, qui donnait aux soumis de naguère l’autorité de fait sur leurs anciens maîtres, n’allait pas tarder à soulever chez ceux-ci la révolte ".

    Dès 1965 naît le FROLINAT (Front de libération nationale du Tchad), " qui devint très vite de fait [...] un mouvement à caractère musulman ", visant " à libérer les populations du Nord du joug d’une administration injuste ". Les musulmans du Nord ont gagné en 1979, mais se sont divisés et ont échoué à faire fonctionner l’Etat tchadien. Cela produit chez eux " le paradoxe inconfortable (et dangereux ?) d’un sentiment de supériorité sans cesse remis en question par un profond doute sur soi-même ".

     

    ELEVEURS ET AGRICULTEURS, MIGRANTS ET SEDENTAIRES

    Le clivage Nord/Sud tend ainsi à se conforter d’une opposition musulmans/chrétiens (80), à laquelle vient s’ajouter le conflit éleveurs/agriculteurs :

    " Le problème paysans-éleveurs est particulièrement brûlant au Tchad, et présente au moins deux dimensions [...]. Il s’agit d’une " guerre verte " , causée par la dégradation écologique et qui a son équivalent dans tous les pays sahéliens : les éleveurs se déplacent de plus en plus vers des régions qu’ils ne fréquentaient pas auparavant [...]. Ce conflit se complique et s’envenime encore par la présence massive, dans le Sud du pays, d’administrateurs et de militaires nordistes prenant fait et cause pour les éleveurs. Certains vont même jusqu’à accuser Idriss Déby de pratiquer au Sud une véritable " politique de peuplement gorane-zaghawa ", alors que d’autres affirment que certaines parties du Sud sont aujourd’hui de véritables " territoires occupés ". [...] Certains témoignages récents me donnent à penser que ces affirmations sont à peine exagérées (81)".

    " "L’occupation" du Sud et particulièrement de la zone cotonnière avait commencé à l’époque d’Habré - où des combattants s’y étaient installés dans le but d’y mener des activités (boucherie, commerce de bétail, transport, etc.) en éliminant par la force ceux qui les exerçaient auparavant. La présence d’éleveurs, arabes en majorité, qui s’est développée depuis la sécheresse de 1984, est à l’origine d’affrontements périodiques souvent mortels avec les agriculteurs autochtones. Alors que ces conflits pouvaient être résolus par les autorités locales au cas par cas, on assiste depuis [1992] à une aggravation de la situation liée à la présence de militaires " nordistes ", qui encouragent les éleveurs à la violence (82)".

    " Portés à la gestion du pays par la force des armes, les responsables en poste dans les préfectures du Sud ont considéré le " flux et reflux " du bétail en transhumance comme une manne à ne pas rater [...]. Au fil du temps, les têtes de bétail prélevées [...] ont finalement fait des responsables administratifs et militaires de gros propriétaires. Confiés à des parents devenus de fait des éleveurs, ces troupeaux ravageaient tout sur leur passage [...]. Interdiction est faite à tout paysan de lever le moindre bout de doigt (83)".

    Ce conflit, comme tous ceux de ce genre, conduit à des généralisations excessives : chez les musulmans, on trouve sans doute quatre fois plus d’agriculteurs que d’éleveurs. Mais ils gardent une image de nomade, associée à celle de commerçant. Or, même si les commerçants sont presque tous musulmans, ils ne constituent qu’une infime minorité. C’est le paradoxe " d’une société musulmane très largement rurale et pastorale, perçue hors de son territoire naturel comme un peuple de commerçants. Il y a là un malentendu qui - étant donné la connotation extrêmement péjorative de l’image du commerçant dans le Sud - compromet gravement l’idée que les Tchadiens du Sud se font de leurs compatriotes musulmans du Nord (84)". D’où l’inquiétude qui émerge des reportages récents. Dans les villes du Sud :

    " Goré, Doba, Moundou..., l’hostilité envers les gens du Nord a cru de manière exponentielle, accentuée par un dangereux amalgame fait de tous les "hommes en robe" : musulmans = intégristes = "Soudanais" = éleveurs = illettrés (en réalité, les non-francophones). Les premiers signes d’un prosélytisme rampant aggravent encore la défiance des populations chrétiennes. [...] Eleveurs ou commerçants, les Soudanais sont, en effet, de plus en plus nombreux à s’installer dans le Sud. Jusqu’à Goré, où certains restaurateurs sont fraîchement débarqués du Darfour. "Dans certains villages frontaliers, il s’agit véritablement d’une colonisation de peuplement" déclare un intellectuel de Moundou. Craintes justifiées ou frayeur atavique, la peur s’est en tout cas installée. Et, dans le Sud, aujourd’hui, on ne parle plus que de fédéralisme (85)".

    Un contexte porteur pour Laoukein Bardé, dit " Frisson ", qui a appelé son groupe rebelle armé, encore limité, " Forces armées pour la république fédérale " (FARF). Il participait à la CNS, mais on a vu ce qu’il est (provisoirement ?) advenu des bonnes résolutions de cette dernière.

     

    AU RISQUE DES ELECTIONS

    Le comportement politique d’Idriss Déby depuis la CNS est cohérent avec ce qu’il fait ou laisse faire par ailleurs, et assez proche de celui d’un Mobutu : il a vidé de leur substance les institutions gouvernementales de transition, et prépare la voie à des élections présidentielles truquées. Il a en particulier fait adopter un Code électoral qui autorise le vote (incontrôlable) des " Tchadiens de l’étranger ", à propos desquels sont évoqués des chiffres exorbitants : 3 millions au Soudan, 900 000 en Libye, 1 million en Centrafrique... (face à quelque millions d’habitants du Tchad). Les élections devraient être supervisées par une " Commission nationale " dépendant en fait du ministère de l’Intérieur : or, les postes de préfets et sous-préfets sont largement acquis à la " famille " présidentielle.

    " Idriss Déby, qui semble préparer les élections, prépare en réalité la guerre [...] Des informations de sources concordantes font état de la livraison massive des armes et matériels de guerre par la Chine populaire à Idriss Déby " déclare le Comité d’action pour la défense des acquis de la CNS (86). D’importants stocks d’armes ont été acheminés sur Tine, gros village au nord-est d’Abéché, à la frontière soudanaise (les conteneurs d’armes chinoises permettraient d’équiper 3 000 hommes).

    On nous alerte : " Le processus démocratique est en train d’être bel et bien confisqué, dans le silence quasi absolu. Le Tchad risque l’implosion à court terme (87)". Où l’on arrive au rôle de la France...


    53. Rapport de la " Commission d’enquête sur les crimes et détournements de l’ex-dirigeant ".

    54. Robert Buijtenhuijs a remarquablement rendu compte de La Conférence

    nationale souveraine du Tchad (Karthala, 1993), dans un essai d’histoire immédiate où ne cesse de transparaître, comme un esprit d’enfance, l’allégresse démocratique.

    55. Interview à Jeune Afrique, 13/05/93.

    56. Opérée également, il convient de ne pas l’occulter, via les comptoirs des négriers européens.

    57. Robert Buijtenhuijs croyait encore, en 1993, en la sincérité du processus de démocratisation.

    58. S. Smith, Paris pousse le président Déby vers la sortie, in Libération du 15/09/94.

    59. Dont le CA annuel était de l’ordre de 400 millions de FF. dans les années 1980.

    60. " La saisie de 60 kilos d’héroïne au Tchad en 1989 jeta la suspicion sur le proche entourage d’Hissein Habré ". Eric Fottorino, La piste blanche. L’Afrique sous l’emprise de la drogue, Balland, 1991, p.44.

    61. Le directeur de N’Djaména Hebdo, Saleh Kebzabo, cite aussi l’exemple d’un maréchal des logis qui, du jour au lendemain, s’est retrouvé colonel au poste de ministre de la Défense d’abord, puis au poste de ministre des Travaux publics. D’après Roger-Vincent Calatayud, Rapport de la mission d’observation au Tchad (4-11 février 1992) d’Agir ensemble pour les droits de l’homme et de la Fédération nationale des Unions de jeunes avocats, p. 2.

    62. Les informations de ce paragraphe proviennent d’un travail inédit de C. Arditi sur le clientélisme et la corruption au Tchad.

    63. Claude Arditi, Tchad : chronique d’une démocratie importée, in Journal des anthropologues, n° 53, 1993-94, pp. 152-153.

    64. Robert Buijtenhuijs, op. cit., p. 203.

    65. D’après Roger-Vincent Calatayud, rapport cité (p. 12-13), résumant un entretien avec Mahamat Hassan Abakar, Président de la Commission d’enquête sur les crimes et détournements d’Hissein Habré et ses complices.

    66. Cf. S. Smith, Paris pousse le président Déby vers la sortie, Libération, 15/09/94.

    67. Robert Buijtenhuijs, op. cit., p. 128.

    68. Africa Confidential du 15/06/90, cité par R. Buijtenhuijs, op. cit. p. 130.

    69. D’après Robert Buijtenhuijs, op. cit., p. 101.

    70. Jeune Afrique, 21/05/92, cité par R. Buijtenhuijs, op. cit. p. 128.

    71. La Lettre du Continent, 22/01/94.

    72. Robert Buijtenhuijs, op. cit., p. 131.

    73. Henri Coudray, Chrétiens et musulmans au Tchad, in Islamochristiana (Rome), n° 18, 1992 p. 190.

    74. 27/02/92. Cité par Henri Coudray, p. 191.

    75. Ibidem, p. 200. Il est vrai que, tandis que l’épiscopat catholique prône, en dépit des tensions, l’entente entre chrétiens et musulmans, plusieurs Eglises protestantes, tenant d’un évangélisme radical, déploient un prosélytisme ostentatoire, y compris en milieu musulman, qui ne peut qu’attiser les rivalités.

    76. Ibidem, p. 228.

    77. Interview à La Croix du 23/10/93.

    78. Robert Buijtenhuijs, op. cit., p. 193.

    79. Henri Coudray, article cité, p. 182-187.

    80. Même les animistes du Sud se disent " chrétiens ", comme nombre d’athées polonais se disaient " catholiques " voici 20 ans.

    81. Robert Buijtenhuijs, op. cit., p. 140.

    82. Claude Arditi, Tchad : chronique d’une démocratie importée, art. cité, p. 152-153.

    83. F.K. Madjirangar, Paysans-éleveurs : pourquoi une cohabitation difficile ?, in N’Djaména Hebdo du 26/01/91, cité par Robert Buijtenhuijs, op.cit. p.139-140.

    84. Henri Coudray, article cité, p. 188.

    85. Jeune Afrique, 14/10/94. Cf. aussi Stephen Smith, Tchad, la menaçante frontière religieuse, in Libération du 30/01/95.

    86. Communiqué du 09/12/94, cité par N’Djaména Hebdo du 15/12/94.

    87. Lettre reçue du Tchad le 6 janvier 1995.


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  • Tchad: La visite à Paris d’Idriss Déby Paris bénit Déby

    Article paru dans l'Humanité du 20 septembre 2003

    Au cours de son séjour officiel de quatre jours en France, le président tchadien, selon certains observateurs, prépare sa succession.

    C’est en grande pompe et avec tous les honneurs dus à un fidèle allié que la France a reçu le président tchadien. L’ancienne puissance coloniale a offert un dîner et un entretien avec le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, ainsi qu’un déjeuner en tête-à-tête avec le président Chirac à l’ancien élève de l’école de guerre de Paris. Elle a toujours soutenu Déby, qui a pris le pouvoir en renversant, en 1990, le dictateur Hissène Habré, son ancien patron, et maintient au Tchad les 950 soldats français du dispositif Épervier. Mais l’entrée du pays au club des pays producteurs de pétrole a encore accru son importance stratégique. Il s’agit pour Paris de réparer l’effet désastreux du retrait d’Elf, en 1999, du projet pétrolier tchadien, et de profiter des nouvelles opportunités économiques du pays, comme l’indique la rencontre prévue entre Idriss Déby et le MEDEF. Par ailleurs, Déby est en train de devenir le nouvel homme fort de l’Afrique centrale, où son pays a multiplié les interventions : en République centrafricaine, où ses troupes ont participé au coup d’État contre le général Bozzizé, en République démocratique du Congo, ou encore au Soudan, où il aurait joué un rôle dans la création de la rébellion du Darfour.

    Déby n’est pourtant pas un homme recommandable. Sous la pression des Occidentaux, il a mâtiné son pouvoir d’une apparence démocratique, en instaurant le multipartisme en 1993 et en organisant des élections en 1996 et en 2001. Mais ses victoires électorales ont été vivement contestées. Selon les organisations Survie et Agir ici, la France aurait largement aidé au truquage de celles de 1996, afin d’éviter un renversement légal du régime. Quant à celle de 2001, elle avait été suivie par ce que la Fédération internationale des droits de l’homme a qualifié d’" État d’urgence de fait ", avec l’arrestation de certains opposants et de leurs directeurs de campagne. La torture et les arrestations arbitraires sont monnaies courantes au Tchad, et l’impunité est la règle. Dans son dernier rapport annuel, Amnesty Internationale évoquait, par exemple, l’arrestation et la détention de cent personnes, dont des enfants, en mars dernier à N’djamena. Par ailleurs, " la composition du régime Déby, noyauté par des ethnies très minoritaires, apparaît très peu représentative de la population ", rappellent les auteurs de Mondes rebelles. Le président s’appuie en effet pour l’essentiel sur les Zagawa, une petite ethnie présente dans tous les rouages du pouvoir, et qui constitue l’essentiel de la puissante garde présidentielle, seule force armée, selon le député d’opposition Yorongar, à disposer d’un arsenal digne de ce nom.

    C’est justement pour assurer le maintien au pouvoir de ses alliés que le président aurait rendu visite à ses amis français. Venu cet été en France pour se soigner, Déby est, de notoriété publique, très malade. C’est donc pour " solliciter le soutien de la France à son plan de succession " que le président tchadien aurait effectué le déplacement, estime Sharon Courtoux, de l’association Survie. Dans un pays qui, depuis 1965, a vu naître des dizaines de rébellions armées, et où le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT) est encore actif, au point d’avoir annoncé récemment la prise de contrôle du deuxième aéroport du pays, la bénédiction du parrain français reste un élément important pour garantir la pérennité du pouvoir.

    Camille Bauer


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    L’enfance tchadienne:Ce bétail de la Guerre Françafrique du Darfour !

    Texte de: Yambaye Stéphane Derry<o:p></o:p>, Source: Tchadforum.com

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    Ils sont des milliers à errer dans les rues de la capitale du Tchad, un des pays les plus violents et pauvres du monde. Certains n’ont même pas encore dix ans. Le soir venu, ils dorment sur le bitume et sous des bouts de carton. Lorsqu’ils en ont. Le jour, ils baguenaudent dans les rues, l’œil rivé sur les sacs et les bourses des quidams. Il leur faut trouver les quelques pièces nécessaires pour se procurer leur pot de colle.     <o:p></o:p>

    Ce précieux élixir, ils le cachent sous leur chandail, contre leur cœur. Les jeunes de la rue de N’Djaména qu’on appelle les « Colombiens » se mêlent à la multitude de chiens errants et galeux qui traînent dans la ville.<o:p></o:p>

    Les automobilistes heurtent en toute impunité les déchets humains emballés dans des sachets de plastics communément appelés « Léda » qui encombrent les artères. Là-bas, comme partout dans le Tchad, les laissés-pour-compte agonisent. Personne n’en veut si ce n’est pour remplir une armée dont les professionnels désertent à moindre occasion.<o:p></o:p>

    La société tchadienne n’a cure des jeunes de la rue, qu’elle tient pour uniques responsables de l’insécurité publique qui sévit au pays. Ce sentiment d’indifférence et d’apathie se reflète également dans la presse, qui vilipende cette population marginale en l’accusant de tous les maux. La nation entière est terrorisée par les bandes criminelles, un phénomène présent au Tchad depuis déjà bon nombre de décennies.<o:p></o:p>

    Depuis, on constate que les meurtres et les exécutions extrajudiciaires des enfants et des jeunes sont en constante progression au Tchad. Selon certaines organisations non gouvernementales, plus de 800 enfants et jeunes de la rue auraient été assassinés froidement entre 2005 et 2007.<o:p></o:p>

    Les statistiques font état de meurtres aux circonstances inconnues et de disparitions. Alors que les autorités en place martèlent que les bandes rivales se font justice entre elles, ceux qui vivent ces réalités de plus près parlent d’escadrons de la mort chargés de faire une purification sociale. Forces de l’ordre, groupes de vigiles embauchés par des hommes d’affaires ; personne ne sait réellement qui tire impunément sur les « Colombiens » du Tchad.<o:p></o:p>

    Moi non plus, je ne sais pas vraiment. Tout ce que je sais, c’est que le gouvernement ne se préoccupe pas de son peuple, qu’il soit enfant, vieillard, indigent, malade, analphabète, estropié, drogué ou criminel.<o:p></o:p>

    Le bracelet que je porte au poignet depuis le Fest-Africa est le cadeau d’un jeune de la rue qui apprend tranquillement que pour obtenir de la nourriture, il lui faut travailler. Alors que les autorités en place pensent que le fléau se règle par l’extermination, des artisans sans le sou comme ce jeune Français assassiné au Tchad enseignent à ces jeunes à gagner leur vie. Parce qu’ils croient en eux, leur parlent et les voient plus grands et plus forts que des chiens.<o:p></o:p>

    Si on les vend aux occidentaux, ils font l'affaire de la guerre du Darfour!<o:p></o:p>

     

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