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    Rébellion : N'Djamena à feu et à sang<o:p></o:p>

    Source: MEDIAF du 04/02/2008 -
    C'est à bord d'une pirogue de fortune que nous avons rallié hier après-midi la berge qui mène au Palais Présidentiel de N'Djamena où Idriss Deby et ses lieutenants organisent la riposte contre les attaques des rebelles. Mahamat Zena, le piroguier, qui a pris son courage pour permettre la traversée est un pêcheur Tchadien qui dit avoir de nombreuses difficultés financières, depuis que les rebelles Tchadiens ont pris d'assaut la capitale. C'est donc pour tenir le coup que le pêcheur s'est mué en transporteur nous permettant d'atteindre la berge tchadienne distante de trente mètres. Mahamat Zena qui a déjà fait embarquer sa famille dit ne pas disposer d'argent et de ressources pour assurer la survie de ses deux femmes et douze enfants. A Djambalbare, les coups de canons tonnent, les cris des populations fusent de toutes parts, des hélicoptères de l'armée gouvernementale survolent la région et déversent de temps en temps des roquettes sur des positions rebelles. Ces derniers contrôlaient jusque là une partie de la capitale tchadienne.       

    Les résidences situées dans le pourtour du palais présidentiel sont désertes. Les pans des murs ont été détruits, mais quelques téméraires sont là. Adam T., handicapé, la soixantaine affirme en arabe, " nous attendons que la situation se normalise. Je pense que le Président Deby va finalement reprendre le contrôle de la capitale. Parce qu'après deux jours de combats intenses, s'ils n'ont pas pu prendre le pouvoir, ce sera difficile pour eux. On a vu comment Hissein [Ndlr, Hissein Habré] et Deby ont pris le pouvoir " la conversation est perturbée par un hélicoptère de l'armée tchadienne qui vient de lancer une roquette. Juste le temps de s'abriter sur le pan d'un mur construit en terre battue.      

    Aux confins du quartier Farcha situé à près de deux kilomètres du palais présidentiel, dans cette course à pied faite d'obstacle, c'est un militaire tchadien qui s'interpose. " Remettez-moi votre appareil numérique où je vous descends", lance t'il. Mahamat Zena qui nous sert de guide conseille d'obtempérer. Ce qui est fait après identification. " Vous allez voir le quartier, mais sans filmer", assure le militaire. Le détour dans ce quartier permet de se rendre compte que de nombreuses populations ont quitté la ville, des corps gisent à même le sol baignant dans le sang, des maisons sont détruites. Le militaire qui nous présente à ses camarades d'armes affirme que les " rebelles étaient présents dans ce quartier avant que l'armée régulière n'utilise ce matin (hier dimanche) ses hélicoptères. " L'optimisme est de mise chez ses militaires enturbannés, munis de kalachnikov, de véhicules de combats…      

    Dégâts
    Mais il reste que de nombreux édifices publics ont été détruits, comme le confirment les militaires. Falmata Adam, une ménagère qui a traversé de nombreuses barrières rebelles et des forces gouvernementales, dit que " le " palais du 15 " construit par les Chinois et qui fait office d'hémicycle pour l'Assemblée Nationale a été saccagé par les rebelles qui tiennent encore ce côté-là de la ville  Au niveau du Carrefour 40, tout est détruit. Il y a aussi le palais de justice nouvellement construit et qui se situe dans la partie est de N'Djamena". D'autres sources indiquent que la résidence du Premier ministre a elle aussi été incendiée et pillée juste après les combats par les badauds qui ont accueilli dans le faste, a-t-on appris, l'entrée des rebelles à N'Djamena. Le siège de la Commission économique du bétail, de la viande et des ressources halieutiques pour la Cemac situé à Dembé a lui aussi été saccagé. La Radio et la télévision nationale Tchadienne n'ont pas encore été pris par l'un et l'autre camp. Même si les militaires que nous avons rencontré confient que la gardé républicaine a détruit la Radio Nationale Tchadienne au moment où elle repliait sur le palais présidentiel. Depuis l'arrêt des communications intervenu jeudi au soir, la ville de N'Djaména est coupée du reste du monde. Dja FM, FM Liberté, Rfi, Africa N°1 et les autres radios ont cessé d'émettre. Les opérateurs de téléphonie mobile Celtel et Tigo ont cessé eux aussi leurs activités.  Seul les téléphones satellitaires et les opérateurs camerounais (Orange, Mtn et Camtel) dont les réseaux couvrent certains coins de la capitale tchadienne permettent encore de communiquer. Le siège du journal progouvernemental le Progrès (il appartient au secrétaire général du Mouvement Patriotique du salut et fait office de quotidien gouvernemental) a reçu la visite de quelques délinquants. Des machines et le matériel de fabrication du journal auraient été emportés. Selon quelques personnes qui étaient logés à " Aurora " un hôtel situé au cœur de N'Djamena, des institutions bancaires auraient été pillées. L'armée française est bien visible dans les rues de N'Djamena mais ne s'interpose pas entre les belligérants. La base militaire française s'est déployée pour "protéger les ressortissants français", confie un responsable de l'ambassade du Cameroun à N'Djamena. L'aéroport de la capitale tchadienne est sous contrôle français. Cet aéroport sert également de base à aux forces aériennes tchadiennes qui n'ont pas manqué hier d'apporter un soutien décisif aux troupes terrestres qui ont peu à peu repris le contrôle de la capitale alors que la situation semblait compromise. Alexandre Begue, leader du Rassemblement des forces démocratiques tchadiennes, qui a fait un aller retour à moto à Kousseri s'interroge " les rebelles sont mieux structurées que le 13 avril 2006. Mais Deby résiste, jusqu'à quand?"

    Deby
    A Djambalbare, siège du palais présidentiel, la témérité du Président Deby rassure les troupes qui sont venues en renfort de Bongor, Mondou et Abéché. Les soldats proches de Deby s'étonnent pour leur part des commentaires tendancieux des médias. " Le palais présidentiel n'a pas été encerclé. Nous nous sommes repliés quand on a perdu samedi au matin notre chef d'Etat major Daoud Soumahin. Ce repli tactique n'a pas cependant permis aux rebelles de prendre le contrôle de la ville. Même s'ils ont certes pris une partie de N'Djamena." 
    Au moment où nous quittions N'Djamena à bord de notre embarcation de fortune, les rebelles contrôlaient une grande partie de la capitale tchadienne. L'intensité des combats dénote de la très bonne organisation des rebelles qui résistent même aux assauts aériens. Hier autour de treize heures, un hélicoptère tchadien a été bombardé par les rebelles, il a terminé sa course dans un buisson à la frontière tchado-camerounaise. Le pont de Chagoua point névralgique d'entrée dans la capitale est sous contrôle rebelle, idem pour la sortie par l'hôtel Kempeski. Le contrôle frontalier de Nguéli, à la frontière entre le Cameroun et le Tchad, est désert, abandonné par les éléments qui stationnaient ici.      

    Des défections sont signalées dans plusieurs autres unités de l'armée tchadienne. Malgré tout, Idriss Deby semble avoir décidé de se battre jusqu'à la dernière seconde, refusant l'aide de la France qui se proposait de l'exfiltrer du palais présidentiel et du Tchad. Il se raconte que la maman du chef de l'Etat lui aurait demandé de ne pas quitter le palais, au risque de se ceindre d'un drap blanc. Traduction, il sera fait prisonnier. Ceci suffit-il à justifier le fait que le président tchadien ait décline l'offre de la France ? 


    En attendant, le bilan s'alourdit à N'Djamena qui est à feu et à sang. Les populations sont meurtries. Quelques jeunes Camerounaises parties s'inscrire dans les lycées tchadiens dans la perspective du baccalauréat et qui ont regagné Kousseri hier soir avec leurs bagages indiquent qu' " il y a des morts en quantité. C'est pourquoi nous avons choisi de rentrer à pied. Les tirs de roquettes se multiplient. Il y a encore beaucoup de Camerounais là bas qui n'ont pas le courage de rentrer. "     

    On signale également que les fournitures en eau et en électricité sont suspendues à N'djamena. Les installations de la Société tchadienne d'eau et d'électricité (Stee) ayant été prises d'assaut par les rebelles depuis vendredi dernier dans la soirée.       
    Pays : Cameroun   
    Média : Presse écrite       
    Auteur : Dieudonné Gaïbaï 
    Source : Mutations<o:p></o:p>


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  • Tchad: La visite à Paris d’Idriss Déby Paris bénit Déby

    Article paru dans l'Humanité du 20 septembre 2003

    Au cours de son séjour officiel de quatre jours en France, le président tchadien, selon certains observateurs, prépare sa succession.

    C’est en grande pompe et avec tous les honneurs dus à un fidèle allié que la France a reçu le président tchadien. L’ancienne puissance coloniale a offert un dîner et un entretien avec le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, ainsi qu’un déjeuner en tête-à-tête avec le président Chirac à l’ancien élève de l’école de guerre de Paris. Elle a toujours soutenu Déby, qui a pris le pouvoir en renversant, en 1990, le dictateur Hissène Habré, son ancien patron, et maintient au Tchad les 950 soldats français du dispositif Épervier. Mais l’entrée du pays au club des pays producteurs de pétrole a encore accru son importance stratégique. Il s’agit pour Paris de réparer l’effet désastreux du retrait d’Elf, en 1999, du projet pétrolier tchadien, et de profiter des nouvelles opportunités économiques du pays, comme l’indique la rencontre prévue entre Idriss Déby et le MEDEF. Par ailleurs, Déby est en train de devenir le nouvel homme fort de l’Afrique centrale, où son pays a multiplié les interventions : en République centrafricaine, où ses troupes ont participé au coup d’État contre le général Bozzizé, en République démocratique du Congo, ou encore au Soudan, où il aurait joué un rôle dans la création de la rébellion du Darfour.

    Déby n’est pourtant pas un homme recommandable. Sous la pression des Occidentaux, il a mâtiné son pouvoir d’une apparence démocratique, en instaurant le multipartisme en 1993 et en organisant des élections en 1996 et en 2001. Mais ses victoires électorales ont été vivement contestées. Selon les organisations Survie et Agir ici, la France aurait largement aidé au truquage de celles de 1996, afin d’éviter un renversement légal du régime. Quant à celle de 2001, elle avait été suivie par ce que la Fédération internationale des droits de l’homme a qualifié d’" État d’urgence de fait ", avec l’arrestation de certains opposants et de leurs directeurs de campagne. La torture et les arrestations arbitraires sont monnaies courantes au Tchad, et l’impunité est la règle. Dans son dernier rapport annuel, Amnesty Internationale évoquait, par exemple, l’arrestation et la détention de cent personnes, dont des enfants, en mars dernier à N’djamena. Par ailleurs, " la composition du régime Déby, noyauté par des ethnies très minoritaires, apparaît très peu représentative de la population ", rappellent les auteurs de Mondes rebelles. Le président s’appuie en effet pour l’essentiel sur les Zagawa, une petite ethnie présente dans tous les rouages du pouvoir, et qui constitue l’essentiel de la puissante garde présidentielle, seule force armée, selon le député d’opposition Yorongar, à disposer d’un arsenal digne de ce nom.

    C’est justement pour assurer le maintien au pouvoir de ses alliés que le président aurait rendu visite à ses amis français. Venu cet été en France pour se soigner, Déby est, de notoriété publique, très malade. C’est donc pour " solliciter le soutien de la France à son plan de succession " que le président tchadien aurait effectué le déplacement, estime Sharon Courtoux, de l’association Survie. Dans un pays qui, depuis 1965, a vu naître des dizaines de rébellions armées, et où le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT) est encore actif, au point d’avoir annoncé récemment la prise de contrôle du deuxième aéroport du pays, la bénédiction du parrain français reste un élément important pour garantir la pérennité du pouvoir.

    Camille Bauer


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    L’enfance tchadienne:Ce bétail de la Guerre Françafrique du Darfour !

    Texte de: Yambaye Stéphane Derry<o:p></o:p>, Source: Tchadforum.com

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    Ils sont des milliers à errer dans les rues de la capitale du Tchad, un des pays les plus violents et pauvres du monde. Certains n’ont même pas encore dix ans. Le soir venu, ils dorment sur le bitume et sous des bouts de carton. Lorsqu’ils en ont. Le jour, ils baguenaudent dans les rues, l’œil rivé sur les sacs et les bourses des quidams. Il leur faut trouver les quelques pièces nécessaires pour se procurer leur pot de colle.     <o:p></o:p>

    Ce précieux élixir, ils le cachent sous leur chandail, contre leur cœur. Les jeunes de la rue de N’Djaména qu’on appelle les « Colombiens » se mêlent à la multitude de chiens errants et galeux qui traînent dans la ville.<o:p></o:p>

    Les automobilistes heurtent en toute impunité les déchets humains emballés dans des sachets de plastics communément appelés « Léda » qui encombrent les artères. Là-bas, comme partout dans le Tchad, les laissés-pour-compte agonisent. Personne n’en veut si ce n’est pour remplir une armée dont les professionnels désertent à moindre occasion.<o:p></o:p>

    La société tchadienne n’a cure des jeunes de la rue, qu’elle tient pour uniques responsables de l’insécurité publique qui sévit au pays. Ce sentiment d’indifférence et d’apathie se reflète également dans la presse, qui vilipende cette population marginale en l’accusant de tous les maux. La nation entière est terrorisée par les bandes criminelles, un phénomène présent au Tchad depuis déjà bon nombre de décennies.<o:p></o:p>

    Depuis, on constate que les meurtres et les exécutions extrajudiciaires des enfants et des jeunes sont en constante progression au Tchad. Selon certaines organisations non gouvernementales, plus de 800 enfants et jeunes de la rue auraient été assassinés froidement entre 2005 et 2007.<o:p></o:p>

    Les statistiques font état de meurtres aux circonstances inconnues et de disparitions. Alors que les autorités en place martèlent que les bandes rivales se font justice entre elles, ceux qui vivent ces réalités de plus près parlent d’escadrons de la mort chargés de faire une purification sociale. Forces de l’ordre, groupes de vigiles embauchés par des hommes d’affaires ; personne ne sait réellement qui tire impunément sur les « Colombiens » du Tchad.<o:p></o:p>

    Moi non plus, je ne sais pas vraiment. Tout ce que je sais, c’est que le gouvernement ne se préoccupe pas de son peuple, qu’il soit enfant, vieillard, indigent, malade, analphabète, estropié, drogué ou criminel.<o:p></o:p>

    Le bracelet que je porte au poignet depuis le Fest-Africa est le cadeau d’un jeune de la rue qui apprend tranquillement que pour obtenir de la nourriture, il lui faut travailler. Alors que les autorités en place pensent que le fléau se règle par l’extermination, des artisans sans le sou comme ce jeune Français assassiné au Tchad enseignent à ces jeunes à gagner leur vie. Parce qu’ils croient en eux, leur parlent et les voient plus grands et plus forts que des chiens.<o:p></o:p>

    Si on les vend aux occidentaux, ils font l'affaire de la guerre du Darfour!<o:p></o:p>

     

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