• "Ah Mbaïbian, pourquoi tu manges tous mes frères et tu veux encore me manger!"

     

    Les comptes-rendus des réunions d’Idriss Déby au jour le jour (acte 1) – yorongar.com<o:p></o:p>

    Jacques Attali ne disait-il pas qu’un homme d’État « sait fort bien que toute son action est faite pour être un jour connue de tous. Il parle donc en conséquence, même en privé. C’est ce qui le distingue d’un politicien. Si tous les acteurs de la vie publique agissaient de la sorte, on en aurait vite fini avec le double langage. Je me plais à imaginer ce que deviendrait l’histoire si aucun dictateur ou démagogue n’était à l’abri d’une prompte publication de l’ensemble de ses propos. La transparence est une garantie de démocratie. Abolir ou réduire le secret, c’est à dire l’appropriation privée de l’information, c’est entamer l’ultime rempart d’élites autoproclamées » . <o:p></o:p>

    Les comptes-rendus des réunions d’Idriss Déby au jour le jour (acte 1)
    (13.08.1997) <o:p></o:p>

    Réunion entre Idriss Déby, le Conseiller aux relations internationales et à <st1:personname w:st="on" productid="la Coopération">la Coopération</st1:personname> etc. <o:p></o:p>

    Objet : Orientation de la coopération. <o:p></o:p>

    7h00. Idriss Deby, décide de reconnaître <st1:personname w:st="on" productid="la Chine Taiwan.">la Chine Taiwan.</st1:personname> Le Ministre des affaires étrangères et de la coopération (MAEC), Mahamat Saleh Annadif, se trouve à Taipei pour mettre à jour les documents de la coopération et préparer une visite d’Idriss Déby. Celui-ci parle de la mutation du monde en citant les pays africains qui ont déjà repris leurs relations avec « l’Ile rebelle ». Il s’agit du Sénégal, de <st1:personname w:st="on" productid="la Gambie">la Gambie</st1:personname>, du Mozambique, du Burkina, de l’Afrique du sud. Il énumère les anciennes réalisations de Taiwan au Tchad : l’Hôtel <st1:personname w:st="on" productid="la Tchadienne">la Tchadienne</st1:personname> devenu le Novotel, l’Huilerie d’Abéché tombée en ruine faute de matières premières, les Casiers A et B de Bongor pour la culture du riz, etc. <o:p></o:p>

    Il est 7h 30 : Réunion élargie au Premier Ministre, Président de l’Assemblée Nationale, Conseiller aux Relations Internationale et à <st1:personname w:st="on" productid="la Coopération">la Coopération</st1:personname> et au Secrétaire général à la présidence. Objet : Coopération avec Taiwan. <o:p></o:p>

    Il est 7h 30, quand le Premier ministre (PM), Nassour Oueddou, et le Président de l’Assemblée nationale (PAN) et le général Kamougué Wadal Abdel-Kader arrivent au palais de Djambalngato où ils sont introduits dans le bureau d’Idriss Déby leur explique la situation. Il argumente la nouvelle orientation en matière de politique étrangère. D’emblée, ce dernier cite de Gaulle selon lequel «  les États n’ont pas d’amis mais des intérêts  ». Il parle d’infrastructures routières, socio-éducatives, sanitaires qui seront financées par Taiwan. Le départ de <st1:personname w:st="on" productid="la Chine Populaire">la Chine Populaire</st1:personname> ne sera pas ressenti par la population, ajoute-t-il, parce que Taiwan se propose de remplacer <st1:personname w:st="on" productid="la Grande Chine">la Grande Chine</st1:personname> partout où besoin sera. <o:p></o:p>

    Idriss Deby : «  Il n’y aura pas de problèmes. Le vide sera comblé. Nous avons pensé à tout  ». Idriss Déby se montre enthousiaste, optimiste et rassurant. Il parle d’un pont à double voie à construire sur le Chari. Ce pont viendrait en appui au pont vétuste de Chagoua (déjà amorti), d’adduction d’eau et de l’électrification d’une dizaine de villes tchadiennes. Il annonce des chiffres. Il trouve que <st1:personname w:st="on" productid="la Grande Chine">la Grande Chine</st1:personname> n’a pas réalisé grand-chose au Tchad. Elle investissait à compte-gouttes. Le Palais du 15 janvier, l’hôpital de la liberté, quelques bourses d’études, des armes et des tenues pour l’armée tchadienne. <o:p></o:p>

    Idriss Deby : «  C’est insuffisant pour se condamner à une étreinte éternelle au nom des principes idéologiques tombés en désuétude depuis la chute du mur de Berlin. Le temps où <st1:personname w:st="on" productid="la Chine Populaire">la Chine Populaire</st1:personname> avait le vent en poupe du fait de sa contribution non négligeable à la libération du continent est révolu. Ce n’est pas de l’ingratitude. Ce sont nos intérêts qui nous dictent un tel raisonnement  ». <o:p></o:p>

    Idriss Déby évalue en francs Cfa la coopération avec <st1:personname w:st="on" productid="la Chine Populaire">la Chine Populaire</st1:personname> et la compare avec les promesses attendues des Taiwanais. C’est sans commune mesure. Il répète à plusieurs reprises la formule magique de de Gaulle : « <st1:personname w:st="on" productid="la France">la France</st1:personname> n’a que des intérêts à défendre ».. <o:p></o:p>

    Kamougué : « Pourquoi ne pas relancer toute notre coopération avec les pays asiatiques sur des nouvelles bases, des bases commerciales, techniques, culturelles ? Je suggère également d’entreprendre des démarches auprès de l’État d’Israël pour une éventuelle reprise de nos relations diplomatiques. Les Israéliens sont tout à côté de nous, au Cameroun. Presque tous les pays arabes ont repris avec l’État hébreu. Pourquoi pas nous ? » <o:p></o:p>

    Idriss Deby : « Qui doit faire le premier pas ? Israël ou nous ? Qui est demandeur ? » <o:p></o:p>

    Kamougué : « C’est à étudier avec le Ministre des affaires étrangères et de la coopération. Nos techniciens trouveront la meilleure formule. L’essentiel, c’est reprendre nos relations. Nous serons les grands gagnants ». <o:p></o:p>

    Idriss Déby hésite. Il calcule le risque. Il doit penser avant tout à l’épée de Damoclès libyenne et aux turbans soudanais qui le maintiennent presque en laisse. L’opinion nationale ne compte jamais dans ce genre de choix. On ne la consulte pas. On l’informe à peine sur le bien-fondé des choix. <o:p></o:p>

    La reprise avec Taiwan avait fait l’objet de longues tractations. Ces tractations avaient commencé en 1993 avec l’arrivée au Tchad d’une délégation d’hommes d’affaires taiwanais. Lol Mahamat Choua était le Président du CSt et Abbas Ali ancien Ambassadeur du Tchad en Chine Populaire le Président de <st1:personname w:st="on" productid="la Commission">la Commission</st1:personname> des affaires étrangères et de la coopération. La délégation avait été reçue par le bureau du Parlement assisté du Président de <st1:personname w:st="on" productid="la Commission">la Commission</st1:personname> des affaires étrangères. Mais compte tenu d’un certain nombre de considérations psychologiques, affectives, l’accueil n’avait pas été chaleureux. Cet accueil avait été réduit à quelques visites de courtoisie aux « autorités » , de séance de travail avec <st1:personname w:st="on" productid="la Chambre">la Chambre</st1:personname> de Commerce et d’Industrie et d’échange de cartes de visite. <o:p></o:p>

    Abbas Ali ex Ambassadeur du Tchad à Pékin et qui continuait à cette époque de rouler ouvertement pour <st1:personname w:st="on" productid="la Chine Populaire">la Chine Populaire</st1:personname>, avait pesé de tout son poids et usé de toutes ses relations au CST pour faire capoter le « dossier des Taiwanais ». <o:p></o:p>

    Abbas n’était pas le seul « militant de la cause de <st1:personname w:st="on" productid="la Grande Chine">la Grande Chine</st1:personname> ». Beaucoup de Conseillers, par simple conviction anti-impérialiste, s’opposaient à la reprise des relations avec Taiwan. Il y avait des ténors du CST comme Mahamat Djarma, Dr Idriss Moussa Yayami, Bang Madi Bernard, Djibrine Assali, Gouara Lassou ( ex Ministre des affaires étrangères de Habré ), Manga Djibia Mangué, Doudé Ossoga, Nabia Ndali, Fatimé Issa Ramadan, Bechir Assamani, Bourkou Louise, Abderaman Goukouni, Hassan Younous, Ahmat Mahamat Hassan, Pirkolossou, Amoula Waya, etc. qui étaient farouchement opposés à l’existence même de Taiwan considérée comme une Île rebelle appelée un jour ou l’autre à revenir à la raison, à regagner les rangs. Ces conseillers, figures incontestables de la transition démocratique des années 90, étaient les partisans d’une certaine vision du monde bipolaire où Taiwan n’était qu’une goûte insignifiante dans l’océan humain chinois. Lol Mahamat Choua n’avait pas de position claire. D’habitude, il se range toujours du côté de la majorité, du côté du plus fort. Cela fait partie de son réalisme politique qui le rend parfois admirable lorsque la majorité est une vraie donnée. Lol, comme il le dit lui-même, n’aime pas s’adosser sur des sacs vides ! Plus que le rejet de la reconnaissance de Taiwan, Abbas a obtenu que le CST rassure ouvertement l’Ambassadeur de <st1:personname w:st="on" productid="la Chine Populaire">la Chine Populaire</st1:personname> que le Parlement tchadien ne pas « laisser passer la trahison de l’amitié ». <o:p></o:p>

    Des recommandations, suite à une séance consacrée spécialement à l’amitié tchado-chinoise, ont été faites au gouvernement Fidèle Moungar. Il a été invoqué, entre autres raisons de continuer à coopérer avec <st1:personname w:st="on" productid="la Chine Populaire">la Chine Populaire</st1:personname>, la place qu’elle occupe dans le monde en général et au Conseil de Sécurité en particulier. <o:p></o:p>

    Trois ans plus tard, cette argumentation sera balayée au nom de l’intérêt d’État. Il faut ajouter que les Taiwanais ont emprunté d’autres voies : Le service des hommes bien introduits au Palais Rose, notamment Mansour Cama (un homme d’affaires sénégalais proche de Abdou Diouf ) et Pierre Aïm un « commerçant de farine » qui se fait passer pour un ami d’Idriss Déby et qui est d’ailleurs à « tu et à toi » avec lui. <o:p></o:p>

    Le Premier ministre Nassour ne dit rien étant entendu que les affaires étrangères sont un domaine réservé d’Idriss Déby. Kamougué s’accroche sur la nécessité de reprendre avec l’État d’Israël. <o:p></o:p>

    Kamougué : « Nous renouons avec Israël et nous nous expliquons ensuite avec nos amis libyens et soudanais. J’espère qu’ils ne vont pas nous réveiller des fronts parce que nous aurons osé cela ? » <o:p></o:p>

    Idriss Deby : « Tu connais bien les Libyens, Kamougué ! ». <o:p></o:p>

    Idriss Déby tutoie le Premier ministre, le Président de l’assemblée nationale et tous ses autres collaborateurs en qui il a confiance. <o:p></o:p>

    Après le départ de Kamougué et de Nassour, Idriss Déby retient ses collaborateurs du premier cercle pour quelques minutes. Il leur confie les dossiers relatifs à la gestion des passeports diplomatiques qui « font trop de bruits ». Il semble que ce document est devenu l’objet d’un véritable trafic, que des femmes aux mœurs fragiles ont réussi à se le procurer. Idriss Déby leur demande de suivre à la lettre la révision du décret portant détention du passeport diplomatique. Il s’agit du projet de décret portant modification du décret 230/PR/PM/92 réglementant le passeport national tchadien et du projet de décret déterminant la liste des bénéficiaires des passeports diplomatiques et des passeports de service. <o:p></o:p>

    Idriss Deby : « Cette histoire de passeport est mauvaise pour l’image de notre pays. Un club d’amis s’est formé autour de moi. C’est un écran opaque qui m’assourdit et m’aveugle. Je m’informe grâce à mes amis étrangers. Je ne suis pas quelqu’un de compliqué. Je ne refuse pas la vérité et je reconnais mon tort. Le problème, c’est que les gens ne me disent pas la vérité. Ce qui se dit dans la rue est très important. Il faut apprendre à l’écouter. Un réajustement est nécessaire chaque fois qu’un problème se pose. Il faut s’informer pour avoir une idée précise et décider sans recul, réagir en toute conséquence ». Si Idriss Déby écoutait la vérité, on n’en serait pas là. Il n’écouté que la vérité qu’il veut bien entendre. <o:p></o:p>

    12h00. Idriss Déby confie à ses collaborateurs un document qui va être remis au Chargé de Mission (CM), Saleh Macki qui doit le représenter à Melfi dans le cadre de la reprise officielle des activités de la culture de coton dans cette partie du pays. Cela fait partie des promesses électorales du PR. Le député Issakha Malloua et le SGG adjoint Mahamat Zene Yaya sont derrière cette affaire. Il faut dire cependant que les techniciens de <st1:personname w:st="on" productid="la COTONTCHAD">la COTONTCHAD</st1:personname> sont contre cette relance. Selon eux, la région ne présente pas toutes les garanties infra structurelles. « Par où va-t-on acheminer le coton de Melfi ? Quel sera la capacité de l’usine d’égrenage de Melfi ? » s’interroge Brahim Malloum, le DG de la mamelle de l’économie tchadienne.<o:p></o:p>

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